En lisant cette jolie histoire illustrée chez Kek, je me suis rappelée moi aussi de mon premier amour.
Je rentrais en CP et dès que je l'ai vu, je l'ai aimé. C'est bizarre d'ailleurs parce que c'était la première fois que je tombais amoureuse et ce sentiment ne m'a pas plus impressionné que ça. C'était normal.
Il s'appelait Alexandre mais tout le monde l'appelait Toto.
Il était d'origine espagnole, parlait du nez et portait ses clefs autour du cou.
Comme j'étais assez timide, il a fallu attendre CE1 pour que je lui adresse la parole et CE2 pour qu'il comprenne qu'il me plaisait beaucoup. Je lui plaisais beaucoup aussi. Un après-midi, il m'a tenu la main en roulant à patin.. à roulettes pendant le cours d'éducation physique. J'ai su à ce moment là qu'on était des amoureux. Mais c'était notre secret. Peut-être parce qu'on savait que ce serait plus simple comme ça. On a beaucoup d'intuition quand on est petit.
Dès lors, je mangeais tous les midis à sa table. Je lui donnais mon verre avec le plus grand numéro pour ne pas qu'il aille remplir le broc d'eau et il me donnait ses desserts.
Le soir, je quittais à 16h30 mais lui restait à l'étude. Alors à 18h, je le guettais à ma fenêtre et je le suivais des yeux jusqu'à ce que je voie son cartable tourner à l'angle de la rue.
Mon meilleur ami, qui n'était pas dupe, m'avait offert un dictionnaire français/espagnol pour pouvoir parler à Toto et que personne ne nous comprenne.
Je n'ai appris que quatre mots: "gato" "hombre" "ti amo". J'ai su par la suite qu'il ne parlait pas un mot d'espagnol. Evidemment, il a déménagé. Tous les premiers amours déménagent.
Je me demande où vont tous nos premiers amours. Peut-être qu'ils vont tous dans la même ville et qu'ils se marient entre eux, nous laissant nous autres malheureux.
En tous cas, moi je sais que je n'ai jamais été le premier amour de personne puisque je n'ai jamais déménagé.
Le jour de son départ, je lui ai offert un bracelet brésilien en lui disant que quand il se cassera, alors son rêve se réalisera.
J'aimerais bien vous dire que je l'ai revu quelques années après et que nous avons vécu une belle histoire, je sais que les gens aiment bien les happy end comme ça.
Mais à 14 ans, j'ai appris qu'il a joué à la roulette russe avec le flingue de son père. Il a perdu et je l'ai perdu.
Je ne saurai jamais pourquoi on l'appelait Toto.